A.Stella

Lapidaire, Pierrée, Plixel… Autrement «Topographies»
A.Stella

Sylvain Bravo se saisit du dessin par la graphie d’un lieu. Le papier, le crayon. Le support et l’outil.

Les Topographies de Sylvain Bravo sollicitent nos moyens perceptifs pour l’approche immédiate de la graphie d’un lieu, création d’un «visible qui ne peut exister en dehors de l’espace spécifique propre au dessin.

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Le Lapidaire, depuis 2004, comporte une centaine de dessins, lesquels, repris chaque année, subissent une évolution. La surface de bristol, 10x15cm, est occupée par un seul «caillou», la forme unique, centrale, traité comme l’idée d’un objet qui creuse ou met en relief son environnement et joue sa formation, sa délimitation par le fort traitement du fond.

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Double référence à la phrase «laconique» inscrite au dos du dessin et à celui qui taille, ici dessine la «pierre précieuse». Le terme Lapidaire, est conservé pour désigner cette unité.

Les dessins extraits de ce recueil sont présentés en assemblage de lignes, pièces murales ou en livre d’artiste.

Mise en page 1

Pierrée forme dans sa continuité un ensemble de diptyques de format A4 où la mise à vue se fait à distances progressives: la surface entièrement investie révélant une topoplastie qui se donne à voir face, dans, sur, vers. L’échelle est pour beaucoup mais n’est pas tout. Ces pierrées déplacent notre perception, réajustent la position du corps et l’angle de notre vision.
Nous pouvons remonter le temps selon une échelle progressive. Cette progression n’est pas de caractère réel du même objet, mais une construction autonome. Le dessin nous est donné comme une expérience entre ce qui est perçu et ce qui pourrait être.

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Après passage au tamis, du caillou au grain de sable, du sable à la trame du tissu, jusqu’à atteindre sa plus petite unité de faisabilité et l’étendre en trame sur toute la surface du tissu au pli. Il crée le plixel: unité de temps et de surface, chronographie pour une topographie. Dessiné un par un, le plixel reste perceptible et se place avant le pixel.

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« Plixel », un carnet, 24x18cm de 200 pages recouvertes recto verso de quelques 20000 micros cercles: les plixels. Ici la double page forme l’espace de prédilection pour Sylvain Bravo, qu’il investit sans aucun projet préalable. La surface se fait à chaque fois le lieu d’une expérience nouvelle où s’inscrit en simultané le graphique mental et physique. Le rapport, droite gauche, n’obéit à aucune règle systématique. Le diptyque joue sa complexité et sa diversité en passant par les orientations d’optique, le cadrage, la découpe, la grille, l’extérieur, l’intérieur, l’all over jusqu’à l’effacement de ses limites…

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La numérisation est le seul moyen d’extraire les dessins de cette reliure. Une fois les doubles pages isolées, imprimées elles rejouent l’idée du carnet sous une autre forme construite.

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L’expérience se poursuit en ces trois «lieux» simultanément.

Tracés 2014

Sylvain Bravo n’agit pas comme les artistes de minimal art, mais par une progression de sa propre recherche et expérience du dessin. Ce qui leur est commun, la radicalité du geste.

Dans ses œuvres antérieures, Sylvain Bravo investissait la surface dans toute sa superficie, chaque millimètre carré recouvert par la plus petite unité encore perceptible à l’œil, le plixel. Ces micro-cercles, selon l’artiste, ont encore à faire avec la forme, puis à une fonction avec la plixellisation. Le fond blanc se réfère au dessin, à l’inscription, à l’écriture. Afin de supprimer ces états fonctionnels, Sylvain Bravo intervient directement sur fond noir, traçant plixel après plixel dans le même geste répétitif, les horizontales sur le papier.

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Dans ses œuvres actuelles, des lignes parallèles gravent et irisent le papier noir. Sylvain Bravo récrée l’idée de la surface, resserrant la problématique plastique à la limite de la perception visuelle. L’utilisation du même outil, de la mine 8H, du même support, le dosage d’appui, l’espacement régulier, la direction du trait, rendent un effet textural mouvant à ces intermittences, ces resserrements en vibration visible invisible, où s’accentue ce phénomène optique sous la mobilité de la lumière.

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Sylvain Bravo, avec ses «écrans noirs» nous donne son expérience du monochrome dans l’ultime acte de dessiner.

Figures 2015 Une tension nouvelle du tracé vertical découpe le support en angles obliques. Pointe sèche sur carton noir.

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